Texte et photos : Maryse Deraîche

Le temps des pommes rime avec la fin des vacances, la rentrée des classes et le retour du froid, mais il signifie également l’évasion à la campagne pour aller à la cueillette de pommes dans les vergers d’ici. Après avoir zigzagué dans le stationnement du verger Ferland pour éviter les nombreux visiteurs venus s’approvisionner ce jour-là, je me suis rendue au kiosque de vente pour y rejoindre Martin Ferland, le propriétaire de l’endroit.

Nous nous sommes installés dans une aire de pique-nique afin que Martin puisse me raconter l’histoire de sa pommeraie. Une histoire empreinte de passion! À l’origine, cette terre appartenait à ses grands-parents qui exploitaient une ferme laitière, mais lorsque les parents de
Martin ont repris l’entreprise, ils avaient une tout autre envie : ils se sont départis des vaches, ont planté des pommiers et ils ont cultivé le fruit défendu comme ils le désiraient.

Quant à Martin, ça fait seize ans qu’il a repris le verger et la passion de ses parents, et qu’il reçoit des visiteurs en quête de la pomme parfaite.

DANS LA CUISINE

N’ayant eu qu’un aperçu du kiosque de vente en arrivant, je demande à Martin si on peut y retourner afin qu’il me présente l’ensemble de ses produits transformés. C’est une odeur de sucre chaud qui m’enrobe en pénétrant dans la boutique et je demande à Martin ce qui sent si bon. C’est, en fait, le produit vedette du verger Ferland : des beignes au sirop d’érable maison. Ça fait plus de trente ans que les Ferland les cuisinent et on peut bel et bien dire qu’ils sont totalement faits maison, car ils sont confectionnés avec le sirop d’érable produit sur la terre. Tout au fond du verger, se trouve une petite érablière et le sirop produit ne sert qu’aux aliments cuisinés sur place.

 

Il y a partout autour de moi des tartes, des gelées, des beurres et des jus de fruits, des vinaigrettes, des ketchups et une panoplie d’autres produits. Parmi eux, un moût de pomme pétillant que Martin me fait goûter. Léger et rafraîchissant, exactement ce qu’il me faut en cette

chaude journée! Sur le verger, on trouve aussi une cidrerie pour la confection des produits alcoolisés. Ayant suivi une formation rigoureuse sur la fabrication d’alcool, Martin peut s’amuser avec les différentes options qui s’offrent à lui : cidre, cidre de glace, mistelle... Et s’amuser, on peut dire qu’il le fait rondement lorsqu’il goûte les produits pendant ses essais!

Martin me suggère d’aller découvrir le verger et
j’acquiesce avec enthousiasme. C’est à bord d’une
voiturette électrique que le tour guidé se fera!
Martin m’explique qu’il est important à ses yeux
de limiter le bruit sur le verger et il est vrai que
d’entendre les oiseaux plutôt qu’un moteur rend la
promenade bienfaisante.

 

Le soleil chauffe nos peaux, les enfants rient au loin et Martin me raconte avec passion l’art de la pomiculture. Il me parle de ses nouvelles variétés, des études qu’il fait l’hiver pour trouver des moyens de limiter l’utilisation de produits chimiques, des insectes, de l’importance de l’environnement... Il est conscient qu’il ne pourra jamais avoir l’accréditation biologique, car les pommiers sont très exposés à la tavelure, un champignon qui croît en milieu humide et à cause d’elle, l’utilisation de certains produits est indispensable. Mais il déploie des efforts supplémentaires pour les limiter au maximum. Il vient tout juste de planter deux nouvelles variétés de pommier qui étaient cultivées au Québec au 18e siècle. Selon lui, ces variétés sont plus résistantes aux maladies et requièrent donc moins de pesticides. C’est vrai qu’en 1745, les produits chimiques se faisaient plus rares!

Martin est un passionné de la pomiculture, mais il est également devenu une référence. Alors que nous sommes arrêtés, un cueilleur s’approche pour poser des questions à Martin. J’en profite pour aller me cueillir une pomme, une Jonamac. Quel plaisir que de croquer dans cette petite pomme rouge, ferme et remplie de soleil!

De retour de cette trop courte balade, je remercie Martin de m’avoir transmis son savoir et sa passion pour notre fruit emblématique et je fais un dernier tour à la boutique pour garnir mon sac d’un beurre de poire et des traditionnels beignes au sirop d’érable de la famille Ferland. À peine cinq minutes plus tard, je compris pourquoi ils les vendaient depuis plus de trente ans, un vrai péché!