Texte : Maryse Deraîche
Photos : Sébastien Rioux

Il est faux de penser que l’esprit de communauté n’existe plus au sein des grandes villes, et des endroits tels que Le Petit Flore prouvent que cette convivialité est encore bien vivante. Situé dans le quartier Ahuntsic à Montréal, ce sympathique bistro français fêtera ses vingt-cinq ans ce printemps. Bien loin de remiser sa sauce béchamel, Le Petit Flore a le vent dans les voiles et la propriétaire, Stéphanie Bouchard, compte bien continuer à nourrir sa communauté d’une bonne cuisine réconfortante et de l’enivrer de ses délicieux vins français.

Me voici donc en direction de la rue Fleury pour voir, sentir, toucher, boire et déguster tout ce que Le Petit Flore a à offrir.

LA FRANCE AVANT TOUT!

En entrant dans le restaurant, deux éléments me sautent aux yeux : les nombreuses ardoises gribouillées de craie blanche et le somptueux comptoir-bar qui rappelle ceux des bistros parisiens.

 

Le charme français opère déjà! Madame Bouchard nous attend, mon photographe et moi-même, prête à raconter lanaissance et l’évolution de son établissement.

Cappuccino à la main, je l'écoute me parler du premier propriétaire, Jacques Ouellette, qui a ouvert Le Petit Flore en 1994 par amour des cafés français. Ayant habité un appartement parisien surplombant le célèbre Café de Flore pendant plusieurs années, monsieur Ouellette ne pouvait faire autrement qu’honorer la culture française en nommant son café Le Petit Flore.

En 1996, madame Bouchard s’est jointe à l’équipe du Petit Flore au service avant d’en faire l’acquisition en 2007. Depuis, elle gère une équipe de plus de quarante employés. Son chef est aux casseroles depuis vingt-deux ans et plusieurs employés fontpartie de la famille depuis dix, douze, et même quinze ans. Alors qu’une pénurie de main-d’oeuvre bat son plein dans le milieu de la restauration, on peut dire que c’est tout un exploit d’avoir une équipe tissée aussi serrée!

 

LA VOCATION

À l’origine, l’endroit était avant tout un café; avec les années sont venus un plat, puis un autre, enfin une table d’hôte, un bar et un service de sommellerie... Le Petit Flore a évolué au fil des années pour devenir cet établissement qui sert aujourd’hui une cuisine typique de bistro français et qui possède une belle carte de vins, français, il va sans dire!

 

DANS UN RESTAURANT, ON MANGE, MAISON BOIT AUSSI!

À force de parler d’omelette, de croque-monsieur, de tartare, d’escargot et de saucisse, je ne peux m’empêcher de saliver et d’avoir hâte de passer à table. Madame Bouchard envoie donc le signal à son chef pour la préparation des plats, puis elle commence à me parler de ses vins, qui sont bien conservés dans le joli cellier construit par son conjoint.

À ce moment, ses yeux pétillent et son enthousiasme, déjà grand, s’accroît encore. J’apprends alors que quelques fois par année, et ce depuis plusieurs années, madame Bouchard se rend en France faire la tournée des vignerons afin de ramener les meilleurs vins français au Petit Flore. Elle amène parfois des employés avec elle lors de ses périples vinicoles afin qu’ils acquièrent des connaissances oenologiques pour conseiller les clients le mieux possible. Jean-Nicolas, le sommelier, est presque toujours du voyage, bien évidemment!

Pour accompagner nos plats, nous boirons un beaujolais du Domaine Bulliat et un sublime côtes-durhône, le Château du Trignon de la famille Quiot, qui fait partie des coups de coeur de madame Bouchard. Au fil de ses explorations, elle a fait des rencontres marquantes; d’ailleurs, elle prépare actuellement des encadrements de photos de ces gens d’exception afin de les accrocher aux murs, qui seront fraîchement rénovés. Donc, avant que les bulldozers ne viennent ravaler la façade du restaurant, mangeons! 

 

À TABLE!

Quelle surprise de voir tous ces plats arrivés sur la table : ris de veau moutardés, burger de saumon et crème à l’aneth et fenouil croquant, salade de chèvre chaud, boudin noir fait maison, pavé de morue, salade de canard au magret fumé et gésiers confits... Quel délice! Les plats sont parfaitement exécutés, le chef François n’est pas derrière les fourneaux depuis vingt-deux ans pour rien.

 

Mes coups de coeur? Les ris de veau et la salade de canard (et, oui, le boudin noir!). Lorsque madame Bouchard me mentionne que les abats sont la spécialité de la maison, que des clients viennent parfois de loin pour les déguster, je la crois sur parole : ils sont parfaitement apprêtés et d’une fraîcheur incomparable. Les ris de veau sont dodus et tendres, et accompagnés d’une sauce crémeuse douce et bien assaisonnée, les gésiers de canards confits sont gorgés de saveurs et le magret fumé fond littéralement en bouche pour laisser un petit arrière-goût fumé divin! Quant au boudin noir maison, c’est tout simplement un péché.

Je me suis demandé quel plat j’aurais choisi si je n’avais pu en prendre qu’un seul, et je n’ai pas réussi à trancher. Je n’aurai donc d’autre choix que de retourner rapidement me régaler des plats et des vins qu’offre le café Le Petit Flore!