Texte : Florence Florent

Ça fait déjà plusieurs années que j’ai complété mes cours de journalisme à l'UQAM, (L'Uquuuam comme dit mon père), mais je me rappelle qu'à chaque midi, quand j'allais chercher mon chocolat chaud au Presse café coin Ontario et St-Denis, il y avait toujours ce petit monsieur aux lunettes bien rondes. Je le trouvais dont courageux de vendre son journal, beau temps mauvais temps, et ce, pendant toute la durée de mon BAC! J’ai honte, mais ce journal-là, ben je ne l'ai jamais acheté. Toutes sortes d’excuses étaient valables selon moi: pas de change, pressée ce matin, non merci, désolée. Cette semaine, je marchais sous la pluie battante, puis j’ai croisé Gabriel, le camelot au coin de l’UQAM, journal à la main, toujours au même endroit, à braver la pluie et à se faire refuser son journal la majorité du temps.

Gabriel : Un petit 3 $ pour combattre la pauvreté?
Moi : Certainement! On lâche pas! Ce n’est pas la plus belle journée du monde, hein?!

Chocolat chaud à la main, je feuillette le magazine L'Itinéraire, vendu et rédigé par des gens de la rue. Je prends connaissance d'un contenu plus qu’intéressant, mais surtout, de l'existence de la pierre angulaire du journal, le Café L'Itinéraire. Un café resto à bas prix pour les gens dans le besoin.

Sous la pluie, en direction de cet humble café.

À peine arrivée, j’aperçois une chicane de ménage à l’extérieur du café entre Pascal, le chef formateur et un client du Café L’Itinéraire. Il y a rarement de l’engueulade au café, mais ce matin c’est arrivé. Pascal gère la situation avec une gentillesse palpable et je peux sentir un dévouement corps et âme transpirer de l’homme à tout faire du Café l’Itinéraire.

Je m’assois donc à une table au mobilier bien modeste, mais très confortable. Un panorama éclectique se dresse devant moi : un jeune punk tatoué de la tête aux pieds, un couple sexagénaire jouant aux Échecs, une gang de jeunes étudiants terminant un travail de fin de session, c’est bien loin de ce que j’avais imaginé. Loin d’une clientèle d’itinérants à la barbe longue et aux vêtements trouvés dans les poubelles.

En moins de deux, une assiette se retrouve sur mon cabaret beige crème. Porc braisé, patates, navet bouilli, salade verte et une pelletée de pouding au caramel. Je m’attendais à être servie dans des contenants de margarine ou des assiettes en carton, mais ce n’est pas du tout le cas. Les petites assiettes bleu pâle, l’odeur qui sent drôlement bon et les énormes quantités surpassent grandement mon 3 $ d’investissement. Il faut savoir que le café récupère de Moisson Montréal la nourriture qu’on lui offre et son équipe, issue d’un programme de réinsertion mis sur pied par le Café, fait de son mieux pour créer un menu varié et nourrissant. Pas toujours facile, mais c’est très réussi!

Avec timidité, j’enchaîne les bouchées de porc braisé et engloutis les patates et navets, c’est bon! Yvon Massicotte, la super vedette des camelots m’interrompt.

Yvon : Je suis dans le top 10 des meilleurs vendeurs moi. Je peux vendre jusqu’à 850 magazines par numéro!

Les camelots conservent la moitié du 3 $ du magazine, ce qui leur donne un salaire tout de même décent.

Yvon m’informe qu’à 58 ans, être travailleur autonome c’est l’idéal. Faire ses horaires et faire son propre argent, c’est parfait comme ça.

Le Café, ce n’est pas uniquement un endroit où se nourrir, mais bien un endroit à dévotion sociale où les camelots se réunissent pour faire le plein de magazines, manger une croûte, puis discuter avec la gang. C’est aussi une bouffe sans froufrous, sans flaflas, juste comme ça doit être, comme à la maison, réconfortante, délicieuse, et surtout pas chère du tout. Juste assez dispendieux pour responsabiliser les gens dans le besoin et leur offrir une chance de prendre leur place dans la société en investissant une somme minime pour un repas plus que complet.

 

Carte-repas

Les gens hésitent parfois à offrir de l’argent aux sans-abri de peur qu’il ne soit pas dépensé à bon escient. Pour remédier à ce problème, le Café a développé un concept de cartes repas prépayées par les donateurs au coût de 4 $. Cette carte donne le droit à un repas complet dans une atmosphère chaleureuse, sécuritaire et humaine. Procurez-vous  les cartes repas à l’Itinéraire (2100, boul. de Maisonneuve Est, Montréal) ou via le site web : www.itineraire.ca