Texte et photos : Catherine Ouellet-Cummings

Longtemps perçus au mieux comme une mode, au pire comme une aberration, le végétarisme et le véganisme ont gagné leurs lettres de noblesse dans les dernières années, se taillant une place de plus en plus importante dans l’offre alimentaire québécoise. Précurseure dans le domaine, Pasquale Beauvais a développé sa recette de végé-pâté il y a plus de vingt ans et son entreprise, BioBon Inc., a désormais le vent dans les voiles.

Dans ses bureaux de Coaticook où nous la rencontrons, elle raconte son parcours en alimentation. « C’est dans mes gènes d’être entrepreneure! », lance-t-elle, expliquant qu’avec un père garagiste propriétaire et une mère élue mairesse, le leadership, c’est une histoire de famille. Ainsi, dès 1993, Pasquale Beauvais crée son entreprise de production alimentaire dans les Cantons-de-l’Est. Au marché public de North Hatley, le végé-pâté avait déjà une certaine notoriété et, lorsque la personne qui le faisait a cessé sa production, Pasquale a pris le relais avec sa propre recette. « À l’époque, ma fille ne mangeait déjà pas de viande, alors je voulais développer des recettes pour elle, mais qui me plairaient aussi, même si je ne suis pas végétarienne », raconte-t-elle. Parce que les clients estivaux souhaitaient avoir du végé-pâté pendant l’hiver, Pasquale se procure une machine sous vide pour permettre la conservation de ses produits et amorce leur commercialisation. Aujourd’hui, près de 12 000 unités de végé-pâté sont fabriquées chaque semaine à Coaticook et prennent la direction des marchés d’alimentation, des hôtels et des restaurants.

LE SECRET EST DANS LA RECETTE

Racontée ainsi, elle semble bien loin l’époque où Pasquale Beauvais confectionnait douze végépâtés par semaine pour les vendre un à un au marché public! Et pourtant, même si la production a crû de façon impressionnante, le goût est resté authentique. « Le produit a un goût maison et il n’y a pas de compromis là-dessus. Au départ, les recettes ont été inventées en petite quantité et elles sont toujours faites ainsi, en petits bacs. Sinon, on perd le goût! », explique la présidente de BioBon Inc.. « Sur ça, Pasquale est très exigeante! », ajoute en riant Lahbib Aissaoui, qui s’est joint à l’équipe il y a un peu plus d’un an et qui s’apprête à devenir associé dans l’entreprise.

Ainsi, dans l’usine, qui compte treize personnes à la production, beaucoup de choses sont toujours faites manuellement, jusqu’à la feuille de laurier qui coiffe chaque végé-pâté, qui est sélectionnée à la main et posée avec soin. « Les valeurs humaines sont très fortes chez nous. C’est important que les employées travaillent dans le plaisir, qu’elles aiment leur travail, qu’elles aient du fun », poursuit Pasquale. L’entrevue se déroule autour de la table de la salle des employés où tous se retrouvent quotidiennement pour dîner : « Nous mangeons tous ensemble, il y a un esprit de famille ici, on a le goût de se parler! », lance Pasquale.

UN EGAGEMENT VERT ET DURABLE

En plus de créer un milieu où les employés peuvent s’épanouir, l’entreprise s’inscrit dans le mouvement du développement durable et détient une certification ADDERE. « Le développement durable, ça ne s’arrête pas juste au coin de la rue ici. Cela touche la main-d’oeuvre, la pérennité, la communauté... », explique la propriétaire.

Parmi les différentes mesures mises de l’avant par son entreprise pour y arriver, on retrouve notamment une diminution des déchets grâce à l’ajout de glacières récupérables à 100 % pour la distribution éloignée, qui remplacent celles en styromousse, ou la comptabilisation du kilométrage du camion pour en faire la compensation en fin d’année, grâce à un programme de plantation d’arbres. « Cette année, nous visons également à compenser le kilométrage de nos employés! »

« Chaque année, nous avons de nouveaux objectifs
et nous sommes très contents de les atteindre », poursuit Pasquale Beauvais. Plus important encore, l’entreprise a instauré un programme d’achat stratégique qui lui permettra de faire affaire directement avec des producteurs locaux. Un des programmes concerne l’achat de céleris, qui entraînera, dès cet automne, une diminution significative des frais de transport. Pour conserver les légumes, BioBon Inc. s’est associée à la laiterie de Coaticook. « Ils ont dit oui tout de suite! », précise Pasquale. « Dans la MRC, on se connaît tous et on s’entraide, c’est ça qui est très beau! » L’association des deux entreprises permettra de réduire les coûts liés à l’électricité et à l’achat de
matériel, tout en garantissant la bonne conservation des aliments.

En parallèle, Pasquale travaille à agrandir son usine par l’intérieur et à faire des travaux sur la chaîne de production. Puis, quand Lahbib Aissaoui deviendra officiellement associé et prendra les rênes de la direction générale, elle pourra se concentrer sur la recherche et le
développement, ainsi que sur les contacts humains. « Collaborer avec les gens, travailler en équipe, c’est ce que je préfère. Je ne suis pas un one-woman show! », conclut-elle.