Texte  :  Maryse Deraîche
Illustration :
Sébastien Thibault

Vous adorez traîner dans les cafés le mardi après-midi à lire Dostoïevski en dégustant un espresso bien serré? Vous êtes une denrée qui se fait de plus en plus rare! Les étudiants et les travailleurs ont pris d’assaut les cafés d’ici et le pianotement des claviers d’ordinateur a remplacé les rires et les conversations animées. 

Que ce soit à ses débuts au XVIe siècle au Moyen- Orient ou à son arrivée en Europe un siècle plus tard, le café a toujours été un lieu de socialisation. On y trouvait des auteurs en quête d’inspiration, des philosophes débattant d’idées, des gens de toutes origines lisant, écrivant, discutant, jouant aux échecs...

Honoré de Balzac a déjà dit :
« Le comptoir d’un café est le parlement du peuple. »

Que penserait-il de nos établissements bondés de gens les yeux rivés sur leurs écrans, un casque d’écoute sur la tête et leur attention complètement avalée par leur individualité? Plusieurs commerçants y réfléchissent... et d’autres agissent!

TIRER LA PLOGUE

Fatigués de voir des portables en série et de voir régner une ambiance de bibliothèque dans leur café, certains propriétaires ont tout simplement coupé le réseau Wi-Fi. Il n’est donc plus possible d’obtenir une connexion Internet avec votre macchiato! C’est la raison qui a poussé le Pikolo Espresso Bar à couper le Wi-Fi selon la propriétaire et barista Marie-Ève Laroche : « Pour recréer une ambiance et une expérience vivante, pour retourner aux sources des rencontres.» Avant-gardiste comme mesure? Nos amis du sud ont commencé à « débrancher » il y a quelque temps déjà et certains ne se contentent pas de s’afficher No-Fi, ils s’affichent aussi « Laptop free ». C’est le cas de l’August First, un café-boulangerie situé au centre-ville de Burlington dans le Vermont, qui a banni le Wi-Fi et l’utilisation des ordinateurs.

Et les propriétaires de cafés sont unanimes! Cette politique est mise en oeuvre afin de rétablir une ambiance chaleureuse, mais aussi pour encourager la consommation. On ne peut s’empêcher de se demander si cette démarche est effectuée afin de rendre ses lettres de noblesse au café ou s’il s’agit d’une tactique pour accroître les profits par table?

À Montréal, la plupart des lieux qui s’affichent No-Fi sont des commerces très petits où on ne sert pas de repas. Selon l’ancien analyste financier et propriétaire du Hoche café, Dominic Roy-Blanchette, il est évident que les commerces aux locaux exigus sont difficiles à rentabiliser. « Les produits sont chers, les taxes élevées et les fournisseurs de services Internet hors de prix, donc si votre café n’a que six places assises, vous ne voulez pas y voir six clients y demeurer toute la journée », explique Dominic Roy-Blanchette. En règle générale, le choix No-Fi est bien accepté par les clients. Ils y voient des bienfaits, une sorte de cure détox des appareils numériques desquels tous nos contemporains sont devenus esclaves.

DES SOLUTIONS DE RECHANGE?

Même si le débranchement du Wi-Fi est une solution envisagée par certains, pour d’autres, il est souhaitable d’opter pour des solutions plus conciliantes. 

Certains propriétaires demandent aux travailleurs de laisser les tables libres pour les clients qui souhaitent prendre un café, discuter ou manger un morceau. Ils désignent des endroits dans leur café, tels les comptoirs, où ils peuvent pianoter à leur guise. Parfois, c’est une affiche à l’entrée du commerce ou de petites cartes posées sur les tables et les comptoirs qui indiquent aux consommateurs où ils peuvent s’installer pour profiter du Wi-Fi sans gêner personne. 

Pour ce qui est de Dominic Roy-Blanchette du Hoche café, il se doutait bien qu’en le branchant au réseau Wi-Fi, son café se remplirait de clients qui viennent davantage pour travailler que pour consommer, néanmoins il a su trouver des moyens pour combler tout le monde. En plus d’offrir le réseau Wi-Fi, il propose des repas à base de produits biologiques, il a installé des tables à langer et il garde quelques jouets pour les enfants, il a une bibliothèque garnie de livres à échanger et l’on trouve les journaux du jour au comptoir. « J’essaye d’accommoder le client le plus possible! » Malgré la pluralité de ses services, Dominic Roy-Blanchette est tout de même confronté au problème de « tables manquantes » en période d’achalandage. Il tente donc d’encourager les clients à la courtoisie en déposant de petits cartons sur certaines tables qui indiquent que l’espace est réservé à ceux qui veulent casser la croûte.

À CHACUN SON CAFÉ !

Une chose est sûre : nous avons la chance d’avoir de remarquables commerces où l’on nous sert du café de grande qualité. Alors, qu’on s’y rende pour discuter entre amis, écrire un article ou lire un bon livre, il s’agit juste de trouver l’espresso qui nous convient!